Emploi et handicap : donnez envie, ne racontez pas votre vie

CV, lettre de motivation, entretien : décrocher un emploi relève d'une véritable opération de séduction. Mais à ne pas s'y tromper : on vend ses compétences, pas son handicap, même si la façon d'aborder la question doit être soigneusement préparée.

Emploi et handicap... Tout commence par un CV lisible, précis, ciblé sur les aptitudes demandées. "Il faut susciter l'intérêt en ne mentionnant que les informations positives et utiles à l'entreprise. Bannir l'exhaustivité !" affirme Etienne Lacroix, directeur du Cap Emploi Moselle.

 

Si vous avez enchaîné des expériences très variées, privilégiez le CV thématique et non chronologique. Une forme qui peut aussi dissimuler les périodes d'hospitalisation, de dépression ou de chômage par exemple.

 

Emploi et handicapDans la lettre de motivation, à lire à et à relire pour éviter les fautes d'orthographe, ne soyez pas redondant avec votre CV. Montrez que vous connaissez le secteur d'activité de l'entreprise et la fonction souhaitée. (raison pour laquelle vous ne pouvez choisir qu'un seul secteur d'activité dans notre moteur de recherche pour envoyer votre CV en candidature spontanée).

 

Puis insistez sur vos fiertés, vos qualités, vos aspirations et, surtout, en quoi votre expérience est utile pour le poste convoité.

Mentionner ou pas son handicap dans la candidature

Faut-il mentionner sa reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH) ?

 

Comme l'âge ou la situation familiale, rien ne l'impose. Dans le doute, mieux vaut s'abstenir, tant, selon Etienne Lacroix, "le risque est grand de voir sa candidature écartée". Pourtant, certains observateurs sont plus nuancés. "Vis à vis des grosses sociétés ou administrations, habituées à recruter des personnes en situation de handicap, pourquoi pas ? Mais je le déconseille pour les PME" juge Yves Gauthier, coach en recherche d'emploi.

 

Pour d'autres, indiquer la mention RQTH ce serait même un atout : Une entreprise employant au moins 20 personnes à temps plein (ou équivalent) est tenue d'employer, à temps plein ou à temps partiel, 6% de personnes en situation de handicap par rapport à l'effectif total de son personnel rémunéré (article L.323-2 du code du travail). " Apposer le "tampon" RQTH au CV est non seulement important pour l'entreprise, dans la mesure où, à compétence égale, elle préférera la candidature de la personne RQTH (notamment parce que l'emploi de cette personne fera sensiblement diminuer la cotisation de l'entreprise à l'Agefiph), mais aussi pour la personne en situation de handicap : il est primordial d'en faire part à son employeur (ou futur employeur) afin que soient pris en compte ses éventuels aménagements de postes. Il n'est donc pas, à mon sens, de situation où il serait dangereux pour une personne RQTH de le mentionner dans le cadre d'un processus de recrutement, ou même en cours de carrière, au contraire" indique Sonja Hurez, responsable diversité et communication chez AirBus.

 

Dans tous les cas, si vous vous estimez discriminé à cause de votre statut RQTH, vous pouvez saisir le Défenseur de Droits (feu la Halde) et la charge de la preuve incombe à l'employeur qui ne vous a pas retenu. Vous comprenez mieux maintenant pourquoi les recruteurs possèdent fréquemment des outils de gestion de CV qui stockent, analysent, et permettent de retrouver toutes les actions de recrutement effectuées avec chacun des candidats.

 

"Les dirigeants ont un intérêt financier à remplir leur obligation d'emploi. Leur dire peut être un avantage", estime Vincent Ferry, patron d'une PME dans la Meuse et lui-même tétraplégique. Il conseille même de déposer sa candidature en main propre. Libre à chacun d'agir donc comme il l'entend.  Concernant Explorajob, nous vous proposons une solution d'envoi de CV en candidature spontanée ciblée et massive car il est plus rapide d'envoyer quelques dizaines ou centaines de CV avec notre système que de se déplacer dans des dizaines d'entreprises différentes !

 

Handicap et emploiEt quand arrive l'entretien, si le recruteur, non averti, fait mine d'être étonné par le handicap, Yves Gauthier suggère cette parade "Je vais être honnête, Je ne suis pas reçu quand je le mentionne, J'aurai avoir l'occasion de vous montrer mes compétences". Mieux vaut encore, selon lui, évoquer sans tarder les aménagements nécessaires afin de dédramatiser et de montrer que l'on sait auprès de quels dispositifs trouver les solutions.

 

Un point qui doit de toute façon être parfaitement éclairci dans la phase finale du recrutement pour éviter les déconvenues. Emploi et handicap : éviter les déconvenues !

 

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emploi et handicap : le poste, rien que le poste

L'élocution est difficile ? inviter à faire répéter si besoin évite qu'une gène ne s'installe et ne contribue encore à démontrer sa confiance en soi et son adaptabilité. En revanche, sus en déballage, votre santé ne regarde que vous. Ne laisser pas la curiosité du recruteur s'aventurer au-delà des limitations liées au poste.

 

Une fois les présentations faites, cap vers une conversation professionnelle sur le poste, rien que le poste. L'idéal est de s'être préparé à commenter chaque ligne de son CV : que m'a appris cette expérience ? Qu'ai-je apporté à l'entreprise ? L'erreur fatale : "chercher à justifier ses erreurs de parcours par son handicap", estime Philippe Lumbroso, fondateur de la société de recrutement HandiForces, qui place une dizaine de personnes par ois. D'ailleurs, selon lui, "les candidats ont souvent l'impression que l'employeur ne va voir que leur handicap, ce qui est faux".

 

Encourageant et stimulant !

Pour aller plus loin

Le site www.pole-emploi.fr délivre de nombreux conseils dans sa rubrique "candidat" allant jusqu'au choix du format pour les pièces jointes aux mails de candidature.

 

Les aides financières de l'AGEFIPH

En complément des aides de droits commun, l'AGEFIPH proppose différentes subventions pour l'insertion professionnelle et le maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés. Un employeur peut ainsi obtenir une enveloppe de 1000, 2000 ou 4000 Euros pour l'embauche en CDI o en CDD d'au moins six mois, à temps partiel ou plein, d'une personne handicapée éloignée de l'emploi. D'autres aides, notamment à l'aménagement de postes, sont mobilisables comme l'intervention d'un auxiliaire professionnel dans la limité de 9150 euros.

 

Passer les concours de la fonction public

Le conseiller pourra aussi aider les personnes en situation de handicap à préparer l’entretien de recrutement. Une épreuve souvent redoutée car elles ne savent pas comment parler de leurs éventuelles limitations médicales et des aménagements nécessaires en entreprise. “Elles doivent être capables d’aborder le sujet et de rassurer sur leurs capacités à occuper un poste”, affirme Julien Viaud qui indique que 80 % des personnes accompagnées par Cap emploi ont un handicap non visible.

 

Il précise que les secteurs porteurs pour trouver du travail sont la grande distribution, le nettoyage, la restauration rapide ou le téléconseil, par exemple. Les travailleurs handicapés peuvent postuler à tout type d’emploi et certains contrats leur sont plus favorables que d’autres. C’est le cas, par exemple, du  contrat unique d’insertion (CUI) qui permet à un employeur de recruter un demandeur d’emploi dit prioritaire, notamment un travailleur handicapé.

 

Outre le secteur privé, les personnes en situation de handicap peuvent aussi se tourner vers la fonction publique. “Ces dernières peuvent passer les concours nécessaires et bénéficier dans le même temps d’aménagements pour les épreuves. Il peut s’agir d’avoir recours à du matériel spécifique pour l’écriture ou avoir du temps supplémentaire”, précise Nathalie Savot, directrice du Cap emploi de l’Orne.

 

Ceux qui ont le niveau requis pourront aussi tenter leur chance par voie contractuelle, c’est-à-dire sans passer le concours. Lorsqu’un service ne peut être assuré par des fonctionnaires titulaires, l’administration peut faire appel, momentanément et pour une durée temporaire, à des agents sous contrat à durée déterminée. “C’est une voie possible qui ouvre également à la personne la possibilité d’être titularisée à terme”, précise encore Nathalie Savot qui rappelle que la fonction publique a les mêmes obligations d’embauche de personnes handicapées dans leurs effectifs que le privé.

 

Elle recrute aussi via des contrats d’accompagnement dans l’emploi (CAE), déclinaison pour le secteur non-marchand du CUI, ou en contrat d’avenir. “Ce contrat est normalement réservé aux jeunes entre 16 et 25 ans mais il est ouvert jusqu’à 30 ans pour les personnes handicapées”, précise la directrice du Cap emploi de l’Orne.

 

Les associations vous aident à trouver du travail

Afin de maximiser leurs chances de trouver du travail, les personnes handicapées en recherche d’emploi ne doivent pas hésiter à se faire accompagner par différents interlocuteurs, comme l’Adapt, par exemple. “Avec notre réseau d’entreprises partenaires, nous organisons des job dating qui permettent de mettre en relation demandeurs d’emploi handicapés et employeurs”, déclare Valérie Paparelle. Les bénévoles de l’association proposent aussi une aide au CV, à la préparation et un débrifing après l’entretien d’embauche.

 

handicapIl faut noter enfin que l’Agefiph dispense de multiples aides financières aux travailleurs handicapés pour leur assurer un maintien dans l’emploi (adaptation du poste de travail, formations…) mais également à ceux qui recherchent un travail. “Le référent du parcours professionnel, comme le conseiller Cap emploi, nous sollicite pour un besoin que nous allons financer, confirme Hugues Defoy de l’Agefiph. Un demandeur d’emploi sourd peut avoir besoin, par exemple, d’un interprète en langues des signes pour passer un entretien d’embauche.”

 

Handicap et emploi : les obstacles à l'emploi

Une personne fragile, malade, qui va devoir s’absenter de son poste”. Nombreuses sont les représentations négatives qu’ont encore en tête les recruteurs à propos des personnes en situation de handicap. “Les différences font encore peur aux employeurs même si les entreprises ont fait des progrès sur le sujet, explique Hugues Defoy, directeur du pôle métiers au sein de l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph).

 

Il y a une méconnaissance sur la diversité du handicap. le sigle RQTH étant très vaste, l’employeur pense au fauteuil roulant mais une personne qui a des problèmes de dos et ne peut pas travailler debout peut être reconnue comme travailleur handicapé.” Conséquence inévitable : ces publics peinent à entrer dans le monde de l’emploi.

 

emploi RQTHLe taux de chômage est d’ailleurs deux fois plus important pour les personnes en situation de handicap (21 %) que pour les personnes valides (13 %). Bien que la loi oblige désormais les entreprises de plus de 20 salariés à embaucher 6 % de travailleurs handicapés dans leur effectif, le compte n’y est pas. “C’est aujourd’hui un véritable défi pour les personnes en situation de handicap de trouver du travail. Elles peinent à valoriser leurs compétences et ont plus de barrières que les valides”, constate Valérie Paparelle, directrice générale adjointe de l’Association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Adapt).

 

Elle regrette d’ailleurs que les sociétés ne fassent pas plus de place aux “profils atypiques” dans leur équipe, parfois par manque de volonté. “Il reste beaucoup à faire notamment en ce qui concerne l’image des personnes avec un handicap psychique qui sont marginalisées, précise Hugues Defoy. Elles aspirent à travailler et peuvent tout à  fait s’insérer dans l’entreprise.”

 

Envisager une reconvertion

Même si la tâche n’est pas aisée, il faut savoir que les personnes handicapées ne sont pas seules dans leur recherche d’emploi et qu’un certain nombre d’organismes sont là pour les aider. De manière générale, après inscription à Pôle emploi, elles sont orientées vers le Cap emploi, un organisme d’accompagnement et de placement des personnes handicapées en recherche d’un travail, de leur département.

 

“Nous allons aider le demandeur d’emploi à construire un parcours d’insertion professionnelle en tenant compte de sa situation de santé”, précise Julien Viaud, chargé de mission entreprise au Cap emploi de Paris. En entretien, nous allons établir un diagnostic global sur la situation sociale, médicale et professionnelle de la personne. Cela nous permet de savoir si elle est en mesure de travailler, explique le chargé de mission.

 

Nous déterminons ensuite, en tenant compte de ses limitations médicales, si elle peut continuer à occuper un poste similaire au précédent ou doit s’orienter vers un nouveau métier. Une caissière qui a des problèmes musculo-squelettiques devra, par exemple, réfléchir à se reconvertir. ” Si besoin, c’est à ce moment-là que la formation peut entrer en jeu. Le conseiller oriente les demandeurs d’emploi handicapés vers le cursus qui leur permet d’acquérir de nouvelles compétences et peut être financé par divers organismes comme Pôle-Emploi. Cap emploi les aide enfin dans la phase de recherche. “Nous allons travailler sur le CV et la lettre de motivation. Via le Web, nous leur apprenons à faire un CV en ligne ou vidéo, ou encore à créer leur espace personnel sur le site de l’Agefiph, détaille Julien Viaud. Nous les coachons et les orientons également vers des job dating.”

 

Pour effectuer une recherche d’emploi efficace, les personnes handicapées ne doivent donc pas hésiter à se tourner vers les interlocuteurs qui vont les aider à remettre un pied dans le monde du travail. Et elles ne doivent pas oublier que, quoi qu’il en soit, emploi et handicap ne sont pas incompatibles et que ce sont leurs compétences et leur savoir-être qui feront la différence auprès du recruteur !

 
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